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Les jours d’après

Voilà. Les auteurs de la fusillade à Char­lie Hebdo, ainsi que celui de l’as­sas­si­nat d’une poli­cière et de la prise d’otages mortelle à Vincennes sont morts. Tués lors l’in­ter­ven­tion de la police. J’au­rais préféré qu’ils vivent et soient jugés, mais je ne peux m’em­pê­cher de pous­ser un « ouf » de soula­ge­ment. La traque est finie.

Et main­te­nant, on fait quoi ?

Partout en France et dans le monde, des rassem­ble­ments ont fleuri et fleu­rissent encore pour rendre hommage aux victimes et dire que non, nous n’avons pas peur. Et c’est bien.

Sur Inter­net, on voit partout des gens s’ex­pri­mer, dire pourquoi il faut pouvoir conti­nuer à parler libre­ment. Et c’est beau.

Il faut conti­nuer à s’ex­pri­mer.

Mais

Mais on voit surve­nir, parfois très tôt depuis le début des évène­ments, des tenta­tives de récu­pé­ra­tion. Marine le Pen qui veut réta­blir la peine de mort. Valé­rie Pécresse qui veut un Patrioct Act à la française. Le PS, appe­lant à un rassem­ble­ment, qui convie tout le monde, tous les partis poli­tiques sauf ceux « qui, depuis des années, divise les Français, stig­ma­tise les conci­toyens en fonc­tion de leur origine ou de leur reli­gion » (Pardon ? Et Valls, quand il cause des Roms, c’est pas de la stig­ma­ti­sa­tion ça ? Faudrait peut-être balayer devant sa porte avant de causer hein.).

Pour le rassem­ble­ment à Paris, des diri­geants étran­gers vont venir. Parmi eux, certains oppriment la presse dans leur propre pays. Top classe mec.

Il y a aussi ces autres terro­ristes qui attaquent des mosquées ou des familles musul­manes, parce qu’ils ne sont pas foutus de faire la diffé­rence entre des terro­ristes et des musul­mans. Et pourquoi deman­der aux musul­mans de se déso­li­da­ri­ser des terro­ristes ? Hein ? On ne demande à personne de se déso­li­da­ri­ser de ceux qui balancent des grenades dans les mosquées, que je sache.

Et je ne parle pas des crevards qui font du busi­ness en vendant sur ebay des anciens numé­ros de Char­lie Hebdo ou des tshirts « Je suis Char­lie ».

Fuck la récup’

Le drame à Char­lie Hebdo ne me fait pas sentir plus français que les autres jours de ma vie. L’unité natio­nale ? La France ? Je m’en torche le cul. C’est un drame humain qui s’est passé là. Ça me touche parce que je suis humain et pour les raisons listées dans mon précé­dent billet. Pas pour une sombre histoire de natio­na­lité, de couleur de peau, d’ap­par­te­nance poli­tique ou de reli­gion.

Que ceux qui vont aux rassem­ble­ments n’y aillent qu’en tant qu’êtres humains, pas comme repré­sen­tants de quoi que ce soit.

Réponse

Pour votre sécurité, vous n'aurez plus de liberté

Il va falloir être atten­tif pour le futur. Non pas en créant tant et plus de lois sécu­ri­taires et liber­ti­cides, mais en trai­tant le mal à la racine : pauvreté, exclu­sion, racis­me… Ce sont les causes réelles de la radi­ca­li­sa­tion de certains paumés (ce terme n’est pas utilisé ici dans son sens péjo­ra­tif).

Jens Stol­ten­berg, premier ministre norvé­gien, décla­rait ceci après l’at­ten­tat à Oslo et sur l’île d’Utoya :

Nous allons répondre à la terreur par plus de démo­cra­tie, plus d’ou­ver­ture et de tolé­rance.

Ça serait pas mal que tout le monde s’en souvienne.

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Je suis Char­lie

Un lâche assas­si­nat secoue le monde entier depuis hier, le 7 janvier 2015. Deux assas­sins ont attaqué le siège de Char­lie Hebdo, ont tué 12 personnes et en ont blessé cinq ou six autres. Le prétexte ? L’ir­res­pect de Char­lie Hebdo envers Maho­met.

Ce drame a secoué tout le monde. Il me touche profon­dé­ment, moi aussi.

Je n’ai jamais acheté Char­lie Hebdo, je ne l’ai lu que quelques fois, mais je voyais souvent leurs couver­tures en passant devant les marchands de jour­naux. Je rigo­lais parfois de leurs cari­ca­tures, je me disais parfois qu’elles n’étaient pas terribles. Bref, j’ap­pré­ciais vite fait sans plus, dépas­sant parfois le bura­liste avec un petit sourire aux lèvres en plus. Mais que les cari­ca­tures de Char­lie me plaisent ou non, ce n’est pas ce qui est impor­tant.

Char­lie Hebdo pousse souvent la liberté d’ex­pres­sion le plus loin possible, avec hargne, convic­tion et humour. Et c’est pour ça qu’il est impor­tant. Sans se dégon­fler, les membres de l’équipe de Char­lie défende le droit d’ex­pres­sion, le droit à l’hu­mour, le droit à l’ir­ré­vé­rence, le droit aussi de ne rien prendre au sérieux. Qu’il n’y ait pas un sujet dont on ne puisse rire.

Parmi les victimes, Cabu, Wolinski, Charb, Tignous, Honoré. Des dessi­na­teurs dont les dessins m’ont fait marrer, rêver, grin­cer des dents.

Tirer sur des gens qui ne faisaient que se moquer. Merde. Répliquer avec des balles dans un combat à la plume. Bande de cons ! La violence est vrai­ment l’ar­gu­ment des faibles.

C’est la liberté d’ex­pres­sion qu’on a voulu mettre à terre. C’est raté. Heureu­se­ment. Les dessins pleuvent, et après les hommages forts et dignes, sont appa­rus les hommages encore plus dignes, car méchants, affu­tés et telle­ment dans la veine de Char­lie Hebdo.

Le premier dessin qui m’a rendu le sourire, c’est celui de Gee : Je suis Charlie, par Simon Gee Giraudot - CCBySa

Mais il y en a eu d’autres, et j’es­père qu’il y en aura encore beau­coup :

Xavier Gorce : Hommage de Xavier Gorce

Alex, magni­fique : Hommage d'Alex

Ploum :

Chers terro­ristes, nous sommes des milliers de gros lourds à l’hu­mour déplo­rable dans une salle de rédac­tion appe­lée Inter­net.

Bonne chan­ce…

Ploum, encore :

Charb me devait de l’argent, je lui ai rappelé hier :

— T’as mes 100 balles ?

— Non mais, promis, je les aurai demain !

Oui, nous arri­vons à rire malgré les larmes, nous arri­vons à nous moquer de la mort de ceux qui nous manque­rons. C’est à mon sens le plus bel hommage que nous pouvons leur rendre.

Affu­tez vos crayons, sortez vos blagues, et balan­cez ! Que ce soit fin ou crasse, distin­gué ou immonde ! Ainsi, ceux qui veulent qu’on se taise auront perdu.

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